Où as-tu perdu mon gant ?
- Ce n’est pas moi, je n’y ai pas touché à ce gant, tu vois bien mes mains, j’ai du sang plein les mains, les barbelés, j’aurais bien aimé tes gants, même si la nuit dernière, cela n’aurait servi à rien d’avoir tes gants contre les balles
- Tu as vu qui a tiré ?
- J’ai juste vu là un autre tombé, mais je ne sais pas s’il était de notre groupe, il n’avait pas d’échelle, tiens regarde un de ses gants là accroché
- C’est un de mes gants
- Il était de notre groupe alors
- Qui n’est pas revenu ?
- A part Malik, tout le monde est revenu, j’ai donc vu Malik tombé sous les balles
- Mais qui a tiré ? Les Espagnols ou les Marocains ? Qui ?
- Dans la bousculade je n’ai rien vu, je me suis baissé pour tenter d’éviter les balles, je portais un bout de l’échelle, derrière, on a posé l’échelle, je suis monté, ça tirait, l’échelle est tombée, je resté accroché aux barbelés, je pensais : il faut que je passe, tant pis pour les blessures, mais rien à faire, rien, je suis tombé avec tout ce sang sur les mains, c’est que plus loin j’ai vu Malik, si c’est lui, tombé de l’autre côté, mais il ne s’est pas relevé
- Il faisait peut-être semblant
- Je ne crois pas, je l’ai observé longtemps, il ne s’est pas relevé, des soldats espagnols sont venus, puis une ambulance beaucoup plus tard
- Je vais récupéré au moins ce gant-là ce soir
- Pas ici, faut pas revenir deux soirs de suite au même endroit
- Justement si, les autres iront dans un autre coin, attirant ainsi ceux qui tirent, et je tenterais de passer
- Et la nuit dernière, tu étais où ? Je ne t’ai pas vu, tu n’as pas une égratignure
- Je cherchais mes gants, puis je resté ici, près du feu, écoutant les bruits lointain, les tirs
- Tu aurais pu venir ne serait-ce que nous aider
- Je veux passer, c’est tout, et je ne veux pas me blesser
(...)
